

30 mai 2021
Chers frères et amis en Christ,
9 mois de présence au Bénin maintenant !
Nous sommes encore au temps de Pâques, entre l’Ascension et la Pentecôte ; nous prions pour que le souffle du Saint-Esprit puisse renouveler toutes choses et même renouveler le monde et le guérir de cette pandémie. C’était ma première Pâques au Bénin.
Les restrictions dues au COVID-19 sont toujours nécessaires, il n’y a donc pas eu de processions et tout le monde portait des masques, pourtant CHAQUE célébration était remplie de participants ! Lors de la veillée pascale, l’église et sa cour débordaient de gens qui priaient avec une grande foi.
La veillée a commencé à 22h et s’est terminée à 2h du matin avec, comme d’habitude lors des cérémonies du dimanche, les trois collectes des offrandes… et les plus pauvres sont ceux qui ont donné dans toutes les collections, peu mais fidèlement. Le tout était animé par les chants en fon.
En raison de la pandémie, la commémoration des 25 ans de l’APS, le 15 avril, rappelant le début de l’APS Santa Marcelina à São Paulo en 1996, a été célébrée simplement par une messe virtuelle à laquelle j’ai pu assister grâce à la technologie. Oui, disons que l’Internet chez moi est plus stable et que j’arrive à regarder des vidéoconférences – ce qui était impensable il y a quelques mois. Actuellement, j’avoue que ma plus grande pénitence c’est de ne pas pouvoir être connectée.
Les énergies de toutes les équipes de l’Attention Primaire de la Santé sont concentrées sur la maîtrise de la pandémie, ce qui est plus que normal.

Je voulais seulement réaffirmer à quel point les soins de santé primaires de Sainte Marcelline, avec toutes les autres expériences qui sont nées autour de ce projet, comme le cours de médecine à la Faculté Sainte Marcelline, ont réussi à transformer le système de la santé dans la zone Est de São Paulo.
Mon cœur ne peut rien faire d’autre que remercier Dieu pour tout ce que j’ai vécu et tout ce qu’il a été possible de faire. J’ai laissé quelques photos sur facebook pour fêter l’anniversaire, mais il est impossible d’écrire à la hauteur de cette histoire de 25 ans en peu de temps.
Si je suis ici aujourd’hui au Bénin avec la conviction que les choses peuvent changer, c’est parce que j’ai vécu cette grande expérience avec beaucoup d’intensité et de profondeur.
Une agréable surprise a également été d’avoir remporté le prix Adib Jatene, pour ma thèse de doctorat, dans le concours promu par l’Associação Saúde da Família.
Mes remerciements particuliers à Dr Maria Eugenia. L’argent reçu sera entièrement utilisé pour l’implantation de la Pastorale de la Première Enfance ici au Bénin.

Maintenant, je vais vous donner de petites nouvelles de cette pastorale.
Notre mascotte, Trinité – a eu une hospitalisation qui a coûté 58 000 FCFA – cela ne semble pas beaucoup, mais le salaire minimum est de 40 000 FCFA (73,68 $ can / 60,83 Euro / 389,49 réal Brésilien). Et c’était une hospitalisation qui nécessitait peu de médicaments et sans aucune intervention invasive. La mère a dû emmener Pierre Précieuse, la sœur cadette. Voir la photo des deux couchées, la plus petite est l’aînée qui s’appelle Trinité … c’est de la malnutrition sévère.
Grâce aux dons, la Pastorale a pris en charge les frais de l’hospitalisation, car la famille n’a personne avec un emploi permanent et n’a pas pu payer ces frais.
Et ainsi, ce combat pour que chacun ait accès aux services de santé s’est renforcé en moi. Il est impensable qu’un si grand nombre de pays ne donnent toujours pas aux gens l’accès aux soins de santé. J’ai eu le grand privilège de vivre dans deux pays qui ont donné cet accès : le Canada et le Brésil.


Entretemps, de nouveaux volontaires pour la Pastorale de la première Enfance se sont joints aux agents existants et ont adopté de nouvelles familles, trouvant des situations très très tristes.
Le mois dernier, nous avons découvert un enfant qui avait 16 mois et qui ne pouvait pas subvenir à ses besoins ni marcher, était sans dents, ne parlait pas et avait un problème respiratoire depuis sa naissance. Quand je l’ai vu, il était clair qu’il s’agissait d’un trisomique (syndrome de Down), mais sa mère n’en avait jamais été informée correctement. Nous avons référé l’enfant pour un meilleur suivi. Malheureusement, il a fini par mourir le jour de notre réunion d’évaluation avec Caritas. Nous sommes alors allés rendre une courte visite à la maman.

La mère, veuve, mère de 7 enfants avec le petit décédé, n’est même pas allée à l’hôpital, elle n’en’avait pas les moyens et le petit Michael Valentin est décédé cette nuit-là.

Il a été enterré dans la cour.

Et il y a les jumeaux, aussi nos voisins. 2 ans, 2 mois, Jean et Josué, qui ne marchent pas. Rachitisme sévère avec déformation des mains et des pieds. Difficile d’aider. Nous avons commencé à ajouter de la farine et de la vitamine D à leur nourriture.

Il y a aussi le cas de la jeune adolescente «du village» (du quartier) qui étudiait avec sa tante à Porto Novo. Mais elle est tombée enceinte et sa tante l’a renvoyée chez elle. Malheureusement, elle a arrêté ses études. Dans une histoire mal racontée, elle serait tombée à la maison (certains disent que sa propre famille lui aurait peut-être donné du poison) et la jeune femme a donc été emmenée à l’hôpital de la région, qui l’a ensuite envoyée à l’hôpital universitaire. Elle a reçu le diagnostic d’une hémorragie crânienne (sang dans le cerveau). La maman a donc été opérée d’urgence pour une césarienne mais elle n’a pas résisté. Le bébé est né, une petite fille qui est allée chez sa grand-mère. Quand l’agent m’a emmenée pour une visite, il y avait plusieurs femmes pour soutenir la famille … mais, étonnamment, ils ont acheté du lait «Nursie 2» pour les enfants de 6 mois et plus et ils allaient le donner au bébé. Nous avons pu remplacer le lait par la phase correcte …
Ensuite la question est venue, ils m’ont donné le bébé dans les bras. Et j’ai dû lui donner un nom, tout de suite. Prise par surprise, le nom de Victoire m’est venu parce qu’elle avait eu une première victoire dans la vie, celle de survivre. Je me suis souvenue de tant de «victoires» connues dans les pouponnières des hôpitaux Sainte Marcelline … ici : naissent des Exaucé, Précieuse, Trésor, Espoir, Merveille, Fortune, Dieu-Donné, Grâce, Miracle, Divine Godwill, Godsent et si la personne est née vers Pâques : Pasqualina, près d’Epiphanie : Epiphane, Basile, etc., ainsi vont les noms, pleins d’esprit.

La pastorale se renforce tous les jours un peu plus. Nous prions pour pouvoir développer et agrandir la pastorale dans d’autres paroisses. Il y a quelques graines jetées. Mais le plus important sera notre première fête des 6 premiers mois quand nous aurons une messe célébrée par le vicaire général du diocèse. Et je raconterai cette histoire dans la prochaine lettre.
Parmi les autres activités réalisées, il y a un travail de qualité à l’hôpital camillien de Zinvié.

Mais les notions de qualité, de sécurité des patients, de biosécurité, sont très éloignées de la réalité vécue en santé ici au Bénin. L’accueil alors ! ? Pour cette raison, le travail a été initié avec la sensibilisation de l’ensemble du personnel hospitalier, quelque 250 personnes, réalisé en plusieurs séances. Le résultat est très positif et nous entrerons dans le diagnostic institutionnel et dans la discussion sur la planification stratégique. Histoire à suivre.
Un autre travail en cours de développement est à l’hôpital de l’Association Saint Camille, mais qui reste un centre de santé avec une maternité. Le fondateur, un mécanicien, a révolutionné l’approche de la santé mentale en Côte d’Ivoire, au Togo et au Bénin. L’association Saint Camille – qui est différente de la congrégation camillienne- gère plusieurs centres de réadaptation pour personnes atteintes de maladie mentale, ayant enlevé des milliers de patients de la rue ainsi que des centres où ces patients sont enchaînés depuis des années à des bûches, à des arbres ou… à d’autres entraves! Même si la situation s’est améliorée, la santé mentale est encore très tabou. J’ai déjà évoqué cette histoire mais elle est tellement extraordinaire qu’elle vaut la peine d’être rappelée. Je laisserai un lien d’une ou deux vidéos sur Grégoire, le fondateur. La mission d’Adjarra est donc de transformer ce centre en un petit hôpital pour pouvoir également soigner et opérer ces patients de santé mentale mal soignés dans d’autres centres. Nous avons commencé la construction de la maison des volontaires grâce au financement du couple Thomas et Louisa Lee, les parents adoptifs de Flavia, qui a été un ange dans ce soutien financier (ils ont également fait don de la motocyclette pour le travail de la pastorale, ce qui aide beaucoup lors des visites dans les familles).


La maison permettra aux missionnaires d’être très proches de l’hôpital et de fournir un soutien total pendant les missions. Ensuite, le projet entend compléter le centre de santé par une maternité, un bloc chirurgical au premier plan, suivant les règles du ministère pour pouvoir offrir un service digne et même innovateur. Nous avons l’intention de travailler sur l’accouchement humanisé et c’est pourquoi nous avons déjà embauché des sages-femmes pour commencer la formation et le renforcement des capacités dans ces changements de culture proposés (qui sont des normes de l’OMS mais qui ne sont pas suivies ici). La Fondation Bourget financera les salaires pendant un an.

À l’école, nous avons eu quelques petits projets, comme la mise en place de deux comités d’étudiants, l’un sur l’environnement dont les membres sont les gardiens pour aider à trier les déchets entre les matières recyclables (pour le compostage) et les plastiques qui sont malheureusement encore brûlés faute d’autres options ! Mais on y travaille : nous menons des campagnes pour essayer de réduire le plastique et le remplacer par des plastiques biodégradables. L’autre comité concerne l’alimentation : nous avons fait des panneaux pour identifier tous les arbres fruitiers de l’école afin d’encourager les élèves à introduire plus de fruits et légumes dans leur alimentation quotidienne et pour sensibiliser les classes.



Je quitte cette chronique pour vous en dire plus dans la prochaine lettre.
Unis dans la prière et surtout dans cette neuvaine en préparation de la Pentecôte, invoquons ensemble le Saint-Esprit, l’Amour infini de Dieu, que nous aimons nommer par ses sept dons pour mieux le comprendre et l’intégrer dans nos actions d’évangile, quotidiennes.
Avec l’affection de toujours,

Sr. Monique Bourget
Liens sur l’Association Saint Camille : https://www.youtube.com/watch?v=nB3le-kBkok
Et https://youtu.be/hVMKKQ7Sl-4 (plus court)
Brésil, ONG Sementes da Saúde : https://www.sementesdasaude.org/
Canada, Bourget Fondation : https://www.bourgetfoundation.org/donate/
Mon numéro WhatsApp ici au Bénin est : +229.61.14.43.26. Je n’ai pas toujours accès à internet alors ne vous préoccuper pas si je ne réponds pas tout de suite. Cette lettre est la manière que j’ai trouvée pour pouvoir dialoguer avec tous ceux qui m’accompagnent et qui prient avec moi pour cette mission et toutes celles des Marcellines. Ainsi je peux rejoindre un plus grand nombre de personnes et je voudrais que vous sachiez que vous êtes dans mon cœur et dans ma prière quotidienne.