{"id":8956,"date":"2023-06-23T10:31:06","date_gmt":"2023-06-23T08:31:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.marcelline.org\/?p=8956"},"modified":"2023-06-23T10:31:07","modified_gmt":"2023-06-23T08:31:07","slug":"lettre-apostolique-sublimitas-et-miseria-hominis-du-pape-francois-pour-le-quatrieme-centenaire-de-la-naissance-de-blaise-pascal","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/lettre-apostolique-sublimitas-et-miseria-hominis-du-pape-francois-pour-le-quatrieme-centenaire-de-la-naissance-de-blaise-pascal\/","title":{"rendered":"LETTRE APOSTOLIQUE SUBLIMITAS ET MISERIA HOMINIS DU PAPE FRAN\u00c7OIS POUR LE QUATRI\u00c8ME CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE BLAISE PASCAL"},"content":{"rendered":"\n<p>Grandeur et mis\u00e8re de l\u2019homme forment le paradoxe qui se trouve au c\u0153ur de la r\u00e9flexion et du message de Blaise Pascal, n\u00e9 il y a quatre si\u00e8cles, le 19 juin 1623, \u00e0 Clermont, dans le centre de la France. D\u00e8s l&rsquo;enfance et tout au long de sa vie, il a cherch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9. Avec la raison, il en a trac\u00e9 les signes, notamment dans les domaines des math\u00e9matiques, de la g\u00e9om\u00e9trie, de la physique et de la philosophie. Tr\u00e8s t\u00f4t, il a fait des d\u00e9couvertes extraordinaires, au point d&rsquo;atteindre une renomm\u00e9e consid\u00e9rable. Mais il ne s&rsquo;est pas arr\u00eat\u00e9 l\u00e0. Dans un si\u00e8cle de grands progr\u00e8s en de nombreux domaines scientifiques, accompagn\u00e9s d&rsquo;un esprit de scepticisme philosophique et religieux croissant, Blaise Pascal s&rsquo;est montr\u00e9 un infatigable chercheur de v\u00e9rit\u00e9 qui, en tant que tel, reste toujours \u201cinquiet\u201d, attir\u00e9 par de nouveaux et futurs horizons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette raison, si pointue et en m\u00eame temps si ouverte en lui, n&rsquo;a jamais fait taire la question ancienne et toujours nouvelle qui r\u00e9sonne dans l&rsquo;\u00e2me humaine : \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;homme pour que tu te souviennes de lui, le fils de l&rsquo;homme pour que tu prennes soin de lui ? \u00bb ( <em>Ps<\/em> 8, 5). Cette question est grav\u00e9e dans le c\u0153ur de tout \u00eatre humain, de tout temps et en tout lieu, de toute civilisation et de toute langue, de toute religion. \u00ab Qu&rsquo;est-ce que l\u2019homme dans la nature ? &#8211; se demande Pascal -. Un n\u00e9ant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l&rsquo;infini, un tout \u00e0 l\u2019\u00e9gard du n\u00e9ant \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn1\">[1]<\/a> Et en m\u00eame temps, la question est l\u00e0, dans ce psaume, au c\u0153ur de cette histoire d&rsquo;amour entre Dieu et son peuple, histoire accomplie dans la chair du \u00ab\u00a0Fils de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb J\u00e9sus-Christ, que le P\u00e8re a livr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abandon pour le couronner de gloire et d&rsquo;honneur au-dessus de toute cr\u00e9ature (v. 6). \u00c0 cette interrogation, formul\u00e9e dans un langage si diff\u00e9rent du langage math\u00e9matique et g\u00e9om\u00e9trique, Pascal ne s&rsquo;est jamais ferm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019origine, je crois pouvoir reconna\u00eetre chez lui une attitude de fond que j&rsquo;appellerais une \u00ab\u00a0ouverture \u00e9tonn\u00e9e \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Ouverture aux autres dimensions du savoir et de l&rsquo;existence, ouverture aux autres, ouverture \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Par exemple, il est \u00e0 l&rsquo;origine, \u00e0 Paris en 1661, du premier r\u00e9seau de transports publics de l&rsquo;histoire, les \u00ab\u00a0carrosses \u00e0 cinq sols\u00a0\u00bb. Si je mentionne cela au d\u00e9but de cette lettre, c&rsquo;est pour insister sur le fait que ni sa conversion au Christ, surtout \u00e0 partir de la \u00ab\u00a0Nuit de feu\u00a0\u00bb du 23 novembre 1654, ni son extraordinaire effort intellectuel pour d\u00e9fendre la foi chr\u00e9tienne n&rsquo;ont fait de lui un \u00eatre isol\u00e9 de son temps. Il \u00e9tait attentif aux probl\u00e8mes les plus aigus de l&rsquo;\u00e9poque, ainsi qu&rsquo;aux besoins mat\u00e9riels de toutes les composantes de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vivait.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette ouverture \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 a fait qu&rsquo;il ne s&rsquo;est pas ferm\u00e9 aux autres, m\u00eame durant sa derni\u00e8re maladie. C&rsquo;est de cette \u00e9poque, alors qu&rsquo;il avait trente-neuf ans, que l\u2019on rapporte ces paroles qui expriment l&rsquo;\u00e9tape finale de son parcours \u00e9vang\u00e9lique : \u00ab Si les m\u00e9decins disent vrai, et que Dieu permette que je rel\u00e8ve de cette maladie, je suis r\u00e9solu de n\u2019avoir d\u2019autre occupation ni d\u2019autre emploi tout le reste de mes jours que le service des pauvres \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn2\">[2]<\/a> Il est touchant de constater que, dans les derniers jours de sa vie, un penseur aussi brillant que Blaise Pascal ne voyait pas d&rsquo;autre urgence que de mettre son \u00e9nergie au service de la mis\u00e9ricorde : \u00ab L&rsquo;unique objet de l&rsquo;\u00c9criture est la charit\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Je me r\u00e9jouis donc que la providence, en ce quatri\u00e8me centenaire de sa naissance, me donne l&rsquo;occasion de lui rendre hommage et de souligner ce qui, dans sa pens\u00e9e et dans sa vie, me para\u00eet propre \u00e0 stimuler les chr\u00e9tiens de notre temps et tous les hommes et femmes de bonne volont\u00e9 dans la recherche du vrai bonheur : \u00ab Tous les hommes recherchent d\u2019\u00eatre heureux. Cela est sans exception, quelques diff\u00e9rents moyens qu\u2019ils y emploient. Ils tendent tous \u00e0 ce but \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn4\">[4]<\/a> Quatre si\u00e8cles apr\u00e8s sa naissance, Pascal reste pour nous le compagnon de route qui accompagne notre recherche du vrai bonheur et, selon le don de la foi, notre reconnaissance humble et joyeuse du Seigneur mort et ressuscit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Un amoureux du Christ qui parle \u00e0 chacun<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si Blaise Pascal peut toucher tout le monde, c\u2019est notamment parce qu\u2019il a parl\u00e9 de la condition humaine de fa\u00e7on admirable. Il serait toutefois trompeur de ne voir en lui qu\u2019un sp\u00e9cialiste des m\u0153urs humaines, aussi g\u00e9nial f\u00fbt-il. Le monument que forment ses <em>Pens\u00e9es<\/em>, dont certaines formules isol\u00e9es sont rest\u00e9es c\u00e9l\u00e8bres, ne peut se comprendre r\u00e9ellement si l\u2019on ignore que J\u00e9sus-Christ et l\u2019\u00c9criture Sainte en constituent \u00e0 la fois le centre et la cl\u00e9. Car si Pascal a entrepris de parler de l\u2019homme et de Dieu, c\u2019est parce qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la certitude que \u00ab non seulement nous ne connaissons Dieu que par J\u00e9sus\u2011Christ, mais nous ne nous connaissons nous-m\u00eames que par J\u00e9sus\u2011Christ. Nous ne connaissons la vie, la mort que par J\u00e9sus\u2011Christ. Hors de J\u00e9sus\u2011Christ, nous ne savons ce que c\u2019est ni que notre vie ni que notre mort, ni que Dieu, ni que nous\u2011m\u00eames. Ainsi sans l\u2019\u00c9criture, qui n\u2019a que J\u00e9sus\u2011Christ pour objet, nous ne connaissons rien et ne voyons qu\u2019obscurit\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn5\">[5]<\/a> Pour qu\u2019elle soit entendue par tous, sans \u00eatre regard\u00e9e comme une pure affirmation doctrinale inaccessible \u00e0 ceux qui ne partagent pas la foi de l\u2019\u00c9glise, ni comme une d\u00e9valuation des comp\u00e9tences l\u00e9gitimes de l\u2019intelligence naturelle, une affirmation aussi extr\u00eame m\u00e9rite d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Foi, amour et libert\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nous devons, comme chr\u00e9tiens, nous tenir \u00e9loign\u00e9s de la tentation de brandir notre foi comme une certitude incontestable qui s\u2019imposerait \u00e0 tous. Pascal avait certes le souci de faire conna\u00eetre \u00e0 tous les hommes que \u00ab Dieu et le vrai sont ins\u00e9parables \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn6\">[6]<\/a> Mais il savait que l\u2019acte du croyant est possible par la gr\u00e2ce de Dieu, re\u00e7ue dans un c\u0153ur libre. Lui qui par la foi avait fait la rencontre personnelle du \u00ab Dieu d\u2019Abraham, Dieu d\u2019Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn7\">[7]<\/a> avait reconnu en J\u00e9sus-Christ \u00ab le Chemin, la V\u00e9rit\u00e9 et la Vie \u00bb ( <em>Jn<\/em> 14, 6). C\u2019est pourquoi je propose \u00e0 tous ceux qui veulent continuer de rechercher la v\u00e9rit\u00e9 \u2013 t\u00e2che qui en cette vie n\u2019a pas de fin \u2013, de se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de Blaise Pascal, un homme \u00e0 l\u2019intelligence prodigieuse qui a voulu rappeler qu\u2019en dehors des vis\u00e9es de l\u2019amour il n\u2019y a pas de v\u00e9rit\u00e9 qui vaille : \u00ab On se fait une idole de la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame, car la v\u00e9rit\u00e9 hors de la charit\u00e9 n\u2019est pas Dieu, et est son image et une idole qu\u2019il ne faut point aimer ni adorer \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pascal nous pr\u00e9munit ainsi contre les fausses doctrines, les superstitions ou le libertinage qui tiennent tant d\u2019entre nous \u00e9loign\u00e9s de la paix et de la joie durables de Celui qui veut que nous choisissions \u00ab la vie et le bonheur \u00bb, et non \u00ab la mort et le malheur \u00bb ( <em>Dt<\/em> 30, 15.19). Mais le drame de notre vie est que parfois nous voyons mal, et que par cons\u00e9quent nous choisissons mal. En r\u00e9alit\u00e9, nous ne pouvons go\u00fbter au bonheur de l\u2019\u00c9vangile \u00ab que si l\u2019Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous lib\u00e8re de la faiblesse de l\u2019\u00e9go\u00efsme, du confort, de l\u2019orgueil \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn9\">[9]<\/a> En outre, \u00ab sans la sagesse du discernement, nous pouvons devenir facilement des marionnettes \u00e0 la merci des tendances du moment \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn10\">[10]<\/a> C\u2019est pourquoi l\u2019intelligence et la foi vive de Blaise Pascal, qui a voulu montrer que la religion chr\u00e9tienne est \u00ab v\u00e9n\u00e9rable parce qu\u2019elle a bien connu l\u2019homme \u00bb et \u00ab aimable parce qu\u2019elle promet le vrai bien \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn11\">[11]<\/a> peuvent nous aider \u00e0 progresser \u00e0 travers les obscurit\u00e9s et les disgr\u00e2ces de ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Un esprit scientifique exceptionnel<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque sa m\u00e8re meurt en 1626, Blaise Pascal est \u00e2g\u00e9 de trois ans. Etienne, son p\u00e8re, juriste r\u00e9put\u00e9, est \u00e9galement renomm\u00e9 pour ses dispositions scientifiques remarquables, en particulier dans les math\u00e9matiques et la g\u00e9om\u00e9trie. D\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire seul l\u2019\u00e9ducation de ses trois enfants Jacqueline, Blaise et Gilberte, il s\u2019installe \u00e0 Paris en 1632. Tr\u00e8s t\u00f4t, Blaise montre une intelligence exceptionnelle, et une grande exigence dans la recherche du vrai, ainsi que le rapporte sa s\u0153ur Gilberte : \u00ab D\u00e8s son enfance, il ne pouvait se rendre qu\u2019\u00e0 ce qui lui paraissait vrai \u00e9videmment ; de sorte que, quand on ne lui donnait pas de bonnes raisons, il en cherchait lui-m\u00eame \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn12\">[12]<\/a> Un jour, le p\u00e8re surprit son fils dans des recherches de g\u00e9om\u00e9trie et s\u2019aper\u00e7ut bient\u00f4t que, sans savoir que ces th\u00e9or\u00e8mes existaient dans des livres sous d\u2019autres noms, Blaise, \u00e2g\u00e9 de douze ans, avait d\u00e9montr\u00e9 enti\u00e8rement seul, en dessinant des figures sur le sol, les trente-deux premi\u00e8res propositions d\u2019Euclide. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn13\">[13]<\/a> Gilberte se souvient alors que leur p\u00e8re fut \u00ab \u00e9pouvant\u00e9 de la grandeur et de la puissance de ce g\u00e9nie \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn14\">[14]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es qui suivront, Blaise Pascal fera fructifier son immense talent en y consacrant sa force de travail. D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix-sept ans, il fr\u00e9quente les plus grands savants de son temps. Assez vite, se succ\u00e8dent les d\u00e9couvertes et les publications. En 1642, \u00e2g\u00e9 de dix-neuf ans, il invente une machine d\u2019arithm\u00e9tique, anc\u00eatre de nos calculatrices. Blaise Pascal a cela d\u2019extr\u00eamement stimulant pour nous qu\u2019il nous rappelle la grandeur de la raison humaine, et nous invite \u00e0 nous en servir pour d\u00e9chiffrer le monde qui nous entoure. L\u2019 <em>esprit de g\u00e9om\u00e9trie<\/em>, qui est cette aptitude \u00e0 bien comprendre le fonctionnement des choses dans leur d\u00e9tail, lui sera utile toute sa vie, ainsi que le rel\u00e8ve l\u2019\u00e9minent th\u00e9ologien Hans Urs von Balthasar : \u00ab Gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9cision de la g\u00e9om\u00e9trie et des sciences de la nature, il est capable d\u2019atteindre \u00e0 celle, toute diff\u00e9rente, qui existe par exemple dans le domaine de l\u2019existence et de la vie chr\u00e9tienne \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn15\">[15]<\/a> Cette pratique confiante de la raison naturelle qui le rend solidaire de tous ses fr\u00e8res humains en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 lui permettra de reconna\u00eetre les limites de l\u2019intelligence elle-m\u00eame et, en m\u00eame temps, de s\u2019ouvrir aux raisons surnaturelles de la R\u00e9v\u00e9lation, selon une logique du paradoxe qui fait la marque philosophique et le charme litt\u00e9raire de ses <em>Pens\u00e9es<\/em> : \u00ab L\u2019\u00c9glise a eu autant de peine \u00e0 montrer que J\u00e9sus-Christ \u00e9tait homme, contre ceux qui le niaient, qu\u2019\u00e0 montrer qu\u2019il \u00e9tait Dieu ; et les apparences \u00e9taient aussi grandes \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn16\">[16]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Les philosophes<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs des \u00e9crits de Pascal rel\u00e8vent pour une large part du discours philosophique. En particulier ses <em>Pens\u00e9es<\/em>, cet ensemble de fragments publi\u00e9s \u00e0 titre posthume qui sont les notes ou les brouillons d\u2019un philosophe anim\u00e9 d\u2019un projet th\u00e9ologique, dont les chercheurs s\u2019attachent \u00e0 reconstituer, non sans variations, la coh\u00e9rence et l\u2019ordre originaires. L\u2019amour \u00e9perdu pour le Christ et le service des pauvres que j\u2019ai mentionn\u00e9s au d\u00e9but ne furent pas tant la marque d\u2019une rupture dans l\u2019esprit de ce disciple audacieux, que celle d\u2019un approfondissement vers la radicalit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, d\u2019une progression vers la v\u00e9rit\u00e9 vivante du Seigneur, avec le secours de la gr\u00e2ce. Lui qui avait la certitude surnaturelle de la foi, et qui la voyait si conforme \u00e0 la raison, quoique la d\u00e9passant infiniment, a voulu pousser le plus loin possible la discussion avec ceux qui ne partageaient pas sa foi, car \u00e0 \u00ab ceux qui ne l\u2019ont pas, nous ne pouvons la donner que par raisonnement en attendant que Dieu la leur donne par sentiment de c\u0153ur \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn17\">[17]<\/a> \u00c9vang\u00e9lisation toute de respect et de patience que notre g\u00e9n\u00e9ration aura int\u00e9r\u00eat \u00e0 imiter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut donc, pour bien comprendre le discours de Pascal sur le christianisme, \u00eatre attentif \u00e0 sa philosophie. Il admirait la sagesse des anciens philosophes grecs, capables de simplicit\u00e9 et de tranquillit\u00e9 dans leur art de bien vivre, comme membres d\u2019une <em>polis<\/em> : \u00ab On ne s\u2019imagine Platon et Aristote qu\u2019avec de grandes robes de p\u00e9dants. C\u2019\u00e9taient des gens honn\u00eates et comme les autres, riants avec leurs amis. Et quand ils se sont divertis \u00e0 faire leurs lois et leurs politiques, ils l\u2019ont fait en se jouant. C\u2019\u00e9tait la partie la moins philosophe et la moins s\u00e9rieuse de leur vie ; la plus philosophe \u00e9tait de vivre simplement et tranquillement \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn18\">[18]<\/a> Malgr\u00e9 leur grandeur et leur utilit\u00e9, Pascal discerne pourtant les limites de ces philosophies : le sto\u00efcisme m\u00e8ne \u00e0 l\u2019orgueil, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn19\">[19]<\/a> le scepticisme au d\u00e9sespoir. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn20\">[20]<\/a> La raison humaine est sans aucun doute une merveille de la cr\u00e9ation, qui distingue l\u2019homme d\u2019entre toutes les cr\u00e9atures, car \u00ab l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un roseau, le plus faible de la nature, mais c\u2019est un roseau pensant \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn21\">[21]<\/a> On comprend alors que les limites des philosophes seront tout simplement les limites de la raison cr\u00e9\u00e9e. Car D\u00e9mocrite avait beau affirmer : \u00ab Je vais parler de tout \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn22\">[22]<\/a> la raison ne peut, \u00e0 elle seule, r\u00e9soudre les questions les plus hautes et les plus urgentes. Quel est en effet, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Pascal comme aussi de nos jours, le sujet qui nous importe le plus ? C\u2019est celui du sens int\u00e9gral de notre destin\u00e9e, de notre vie, et de notre esp\u00e9rance, tendue vers d\u2019un bonheur qu\u2019il n\u2019est pas interdit de concevoir comme \u00e9ternel, mais que seul Dieu est autoris\u00e9 \u00e0 donner : \u00ab Rien n\u2019est si important \u00e0 l\u2019homme que son \u00e9tat ; rien ne lui est si redoutable que l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn23\">[23]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>En m\u00e9ditant les <em>Pens\u00e9es<\/em> de Pascal <em>, <\/em>on retrouve, en quelque mani\u00e8re, ce principe fondamental : \u00ab La r\u00e9alit\u00e9 est sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019id\u00e9e \u00bb, car il nous apprend \u00e0 nous tenir \u00e9loign\u00e9 des \u00ab diverses mani\u00e8res d\u2019occulter la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, depuis les \u00ab purismes ang\u00e9liques \u00bb jusqu\u2019aux \u00ab intellectualismes sans sagesse \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn24\">[24]<\/a> Rien n\u2019est plus dangereux qu\u2019une pens\u00e9e d\u00e9sincarn\u00e9e : \u00ab Qui veut faire l\u2019ange, fait la b\u00eate \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn25\">[25]<\/a>Et les id\u00e9ologies mortif\u00e8res dont nous continuons de souffrir dans les domaines \u00e9conomiques, sociaux, anthropologiques ou moraux tiennent ceux qui les suivent dans des bulles de croyance o\u00f9 l\u2019id\u00e9e s\u2019est substitu\u00e9e au r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>La condition humaine<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La philosophie de Pascal, toute en paradoxes, proc\u00e8de d\u2019un regard aussi humble que lucide, qui cherche \u00e0 atteindre \u00ab la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9clair\u00e9e par le raisonnement \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn26\">[26]<\/a> Il part du constat que l\u2019homme est comme un \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame, grand et mis\u00e9rable. Grand par sa raison, par sa capacit\u00e9 \u00e0 dompter ses passions, grand m\u00eame \u00ab en ce qu\u2019il se conna\u00eet mis\u00e9rable \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn27\">[27]<\/a> Notamment, il aspire \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 assouvir ses instincts ou \u00e0 leur r\u00e9sister, \u00ab car ce qui est nature aux animaux nous l\u2019appelons mis\u00e8re en l\u2019homme \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn28\">[28]<\/a> Il existe une disproportion insupportable entre d\u2019un c\u00f4t\u00e9 notre volont\u00e9 infinie d\u2019\u00eatre heureux et de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9, et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 notre raison limit\u00e9e et notre faiblesse physique, qui aboutit \u00e0 la mort. Car la force de Pascal est aussi dans son r\u00e9alisme implacable : \u00ab Il ne faut pas avoir l\u2019\u00e2me fort \u00e9lev\u00e9e pour comprendre qu\u2019il n\u2019y a point ici de satisfaction v\u00e9ritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanit\u00e9, que nos maux sont infinis, et qu\u2019enfin la mort, qui nous menace \u00e0 chaque instant, doit infailliblement nous mettre, dans peu d\u2019ann\u00e9es, dans l\u2019horrible n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9ternellement ou an\u00e9antis ou malheureux. Il n\u2019y a rien de plus r\u00e9el que cela, ni de plus terrible. Faisons tant que nous voudrons les braves : voil\u00e0 la fin qui attend la plus belle vie du monde \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn29\">[29]<\/a>Dans cette condition tragique, bien s\u00fbr, l\u2019homme ne peut pas rester en lui-m\u00eame, car sa mis\u00e8re et l\u2019incertitude de sa destin\u00e9e lui sont insupportables. Il lui faut donc se distraire, ce que Pascal reconna\u00eet volontiers : \u00ab De l\u00e0 vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn30\">[30]<\/a> Car si l\u2019homme ne se divertit de sa condition \u2013 et nous savons tous fort bien nous divertir par le travail, les loisirs ou les relations familiales ou amicales, mais aussi h\u00e9las par les vices auxquels portent certaines passions \u2013 son humanit\u00e9 \u00e9prouve \u00ab son n\u00e9ant, son abandon, son insuffisance, sa d\u00e9pendance, son impuissance, son vide. [Et il sort] du fond de son \u00e2me l\u2019ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le d\u00e9pit, le d\u00e9sespoir \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn31\">[31]<\/a> Et pourtant le divertissement n\u2019apaise ni ne comble notre grand d\u00e9sir de vie et de bonheur. Cela, tous, nous le savons bien.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors que Pascal pose sa grande hypoth\u00e8se : \u00ab Qu\u2019est-ce donc que nous crie cette avidit\u00e9 et cette impuissance sinon qu\u2019il y a eu autrefois dans l\u2019homme un v\u00e9ritable bonheur, dont il ne lui reste maintenant que la marque et la trace toute vide et qu\u2019il essaye inutilement de remplir de tout ce qui l\u2019environne, recherchant des choses absentes les secours qu\u2019il n\u2019obtient pas des pr\u00e9sentes, mais qui en sont toutes incapables parce que ce gouffre infini ne peut \u00eatre rempli que par un objet infini et immuable, c\u2019est-\u00e0-dire que par Dieu m\u00eame \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn32\">[32]<\/a> Si l\u2019homme est comme \u00ab un roi d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn33\">[33]<\/a> qui ne tend qu\u2019\u00e0 retrouver sa grandeur perdue, et qui pourtant s\u2019en voit incapable, qu\u2019est-il donc ? \u00ab Quelle chim\u00e8re est\u2011ce donc que l\u2019homme, quelle nouveaut\u00e9, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige, juge de toutes choses, imb\u00e9cile ver de terre, d\u00e9positaire du vrai, cloaque d\u2019incertitude et d\u2019erreur, gloire et rebut de l\u2019univers ! Qui d\u00e9m\u00ealera cet embrouillement ? \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn34\">[34]<\/a>Pascal, en philosophe, voit bien qu\u2019\u00e0 \u00ab mesure qu\u2019on a de lumi\u00e8re, on d\u00e9couvre plus de grandeur et plus de bassesse dans l\u2019homme \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn35\">[35]<\/a> mais que ces oppos\u00e9es sont inconciliables. Parce que la raison humaine ne peut pas les accorder, ni r\u00e9soudre l\u2019\u00e9nigme.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi Pascal rel\u00e8ve que s\u2019il y a un Dieu et que l\u2019homme a re\u00e7u une r\u00e9v\u00e9lation divine \u2013 ainsi que nombre de religions en font \u00e9tat \u2013, et que cette r\u00e9v\u00e9lation est v\u00e9ritable, l\u00e0 doit se trouver la r\u00e9ponse que l\u2019homme attend pour r\u00e9soudre les contradictions qui le torturent : \u00ab Les grandeurs et les mis\u00e8res de l\u2019homme sont tellement visibles qu\u2019il faut n\u00e9cessairement que la v\u00e9ritable religion nous enseigne et qu\u2019il y a quelque grand principe de grandeur en l\u2019homme et qu\u2019il y a un grand principe de mis\u00e8re. Il faut encore qu\u2019elle nous rende raison de ces \u00e9tonnantes contrari\u00e9t\u00e9s \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn36\">[36]<\/a> Or, ayant \u00e9tudi\u00e9 les grandes religions, Pascal conclut qu\u2019\u00ab aucune forme de pens\u00e9e, aucune pratique asc\u00e9tique et mystique ne peut offrir de voie de r\u00e9demption \u00bb, si ce n\u2019est par \u00ab le crit\u00e8re sup\u00e9rieur de v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019est l\u2019illumination de la gr\u00e2ce \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn37\">[37]<\/a> \u00ab C\u2019est en vain, \u00f4 hommes &#8211; \u00e9crit Pascal en imaginant ce que le vrai Dieu pourrait nous dire &#8211; que vous cherchez dans vous\u2011m\u00eames le rem\u00e8de \u00e0 vos mis\u00e8res. Toutes vos lumi\u00e8res ne peuvent arriver qu\u2019\u00e0 conna\u00eetre que ce n\u2019est point dans vous\u2011m\u00eames que vous trouverez ni la v\u00e9rit\u00e9 ni le bien. Les philosophes vous l\u2019ont promis et ils n\u2019ont pu le faire. Ils ne savent ni quel est votre v\u00e9ritable bien, ni quel est [votre v\u00e9ritable \u00e9tat] \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn38\">[38]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Arriv\u00e9 \u00e0 ce point, Pascal, qui a scrut\u00e9 avec la force rare de son intelligence la condition humaine, et l\u2019\u00c9criture Sainte, et encore la tradition de l\u2019\u00c9glise, entend se proposer avec la simplicit\u00e9 de l\u2019esprit d\u2019enfance en humble t\u00e9moin de l\u2019\u00c9vangile. Il est ce chr\u00e9tien qui veut parler de J\u00e9sus-Christ \u00e0 ceux qui d\u00e9cr\u00e8tent un peu vite qu\u2019il n\u2019y a pas de raison solide de croire aux v\u00e9rit\u00e9s du christianisme. Pascal, au contraire, sait d\u2019exp\u00e9rience que ce qui est dans la R\u00e9v\u00e9lation non seulement ne s\u2019oppose pas aux requ\u00eates de la raison, mais apporte la r\u00e9ponse inou\u00efe \u00e0 laquelle nulle philosophie n\u2019aurait pu arriver par elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Conversion : la visite du Seigneur<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 23 novembre 1654, Pascal a v\u00e9cu une exp\u00e9rience tr\u00e8s forte, que l\u2019on appelle sa \u201cNuit de feu\u201d. Cette exp\u00e9rience mystique, qui lui fit verser des pleurs de joie, a \u00e9t\u00e9 si intense et si d\u00e9terminante pour lui qu\u2019il en a rendu compte sur un morceau de papier pr\u00e9cis\u00e9ment dat\u00e9, le <em>M\u00e9morial<\/em>, qu\u2019il avait gliss\u00e9 dans la doublure de son manteau, et que l\u2019on n\u2019a d\u00e9couvert qu\u2019apr\u00e8s sa mort. S\u2019il est impossible de savoir exactement quelle est la nature de ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans l\u2019\u00e2me de Pascal cette nuit-l\u00e0, il appara\u00eet qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une rencontre dont lui-m\u00eame a reconnu l\u2019analogie avec celle, fondamentale dans toute l\u2019histoire de la r\u00e9v\u00e9lation et du salut, v\u00e9cue par Mo\u00efse devant le buisson ardent (cf. <em>Ex<\/em> 3). Le terme \u00ab Feu \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn39\">[39]<\/a> que Pascal a voulu placer en t\u00eate du <em>M\u00e9morial<\/em>, nous invite, toute proportion gard\u00e9e, \u00e0 proposer ce rapprochement. Le parall\u00e8le semble indiqu\u00e9 par Pascal lui-m\u00eame qui, imm\u00e9diatement apr\u00e8s l\u2019\u00e9vocation du feu, a repris le titre que le Seigneur s\u2019\u00e9tait donn\u00e9 devant Mo\u00efse : \u00ab Dieu d\u2019Abraham, Dieu d\u2019Isaac, Dieu de Jacob \u00bb (Ex 3, 6.15), en ajoutant : \u00ab non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de J\u00e9sus-Christ \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, notre Dieu est joie, et Blaise Pascal en t\u00e9moigne \u00e0 toute l\u2019\u00c9glise ainsi qu\u2019\u00e0 tout chercheur de Dieu : \u00ab Ce n\u2019est pas le Dieu abstrait ou le Dieu cosmique, non. C\u2019est le Dieu d\u2019une personne, d\u2019un appel, le Dieu d\u2019Abraham, d\u2019Isaac, de Jacob, le Dieu qui est certitude, qui est sentiment, qui est joie \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn40\">[40]<\/a> Cette rencontre, qui a confirm\u00e9 \u00e0 Pascal la \u00ab grandeur de l\u2019\u00e2me humaine \u00bb, l\u2019a combl\u00e9 de cette joie vive et in\u00e9puisable : \u00ab Joie, joie, joie, pleurs de joie \u00bb. Et cette joie divine devient pour Pascal le lieu de la confession et de la pri\u00e8re : \u00ab J\u00e9sus-Christ. Je m\u2019en suis s\u00e9par\u00e9 : je l\u2019ai fui, renonc\u00e9, crucifi\u00e9. Que je n\u2019en sois jamais s\u00e9par\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn41\">[41]<\/a> C\u2019est l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour de ce Dieu personnel, J\u00e9sus-Christ, puisqu\u2019il a pris part \u00e0 notre histoire et que sans cesse il prend part \u00e0 notre vie, qui entra\u00eene Pascal sur le chemin de la conversion profonde, et donc de cette \u00ab renonciation totale et douce\u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn42\">[42]<\/a> parce que v\u00e9cue dans la charit\u00e9, \u00e0 \u00ab l\u2019homme ancien corrompu par les convoitises qui l\u2019entra\u00eenent dans l\u2019erreur \u00bb ( <em>Ep<\/em> 4, 22).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le rappelait saint Jean-Paul II dans son Encyclique sur les rapports entre foi et raison, \u00ab des philosophes comme Blaise Pascal \u00bb s\u2019illustrent par le refus de toute \u00ab pr\u00e9somption \u00bb, ainsi que par leur choix d\u2019une posture faite d\u2019\u00ab humilit\u00e9 \u00bb autant que de \u00ab courage \u00bb. Ils ont fait l\u2019exp\u00e9rience que \u00ab la foi lib\u00e8re la raison de la pr\u00e9somption \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn43\">[43]<\/a> Avant la nuit du 23 novembre 1654, cela est clair, Pascal \u00ab n\u2019a aucun doute sur l\u2019existence de Dieu. Il sait aussi que ce Dieu est le souverain bien. [\u2026] Ce qui lui manque et ce qu\u2019il attend, ce n\u2019est pas un savoir mais un pouvoir, ce n\u2019est pas une v\u00e9rit\u00e9 mais une force \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn44\">[44]<\/a> Or cette force lui est donn\u00e9e par gr\u00e2ce : il se sent attir\u00e9, avec certitude et joie, par J\u00e9sus-Christ : \u00ab Nous ne connaissons Dieu que par J.-C. Sans ce m\u00e9diateur est \u00f4t\u00e9e toute communication avec Dieu \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn45\">[45]<\/a> D\u00e9couvrir J\u00e9sus-Christ, c\u2019est d\u00e9couvrir le Sauveur et Lib\u00e9rateur dont j\u2019ai besoin : \u00ab Ce Dieu l\u00e0 n\u2019est autre chose que le r\u00e9parateur de notre mis\u00e8re. Ainsi nous ne pouvons bien conna\u00eetre Dieu qu\u2019en connaissant nos iniquit\u00e9s \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn46\">[46]<\/a> Comme toute conversion authentique, la conversion de Blaise Pascal se joue dans l\u2019humilit\u00e9 qui nous d\u00e9livre \u00ab de notre conscience isol\u00e9e et de l\u2019autor\u00e9f\u00e9rence \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn47\">[47]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019intelligence immense et inqui\u00e8te de Blaise Pascal, emplie de paix et de joie devant la r\u00e9v\u00e9lation de J\u00e9sus-Christ, nous invite, selon l\u2019\u201cordre du c\u0153ur\u201d, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn48\">[48]<\/a> \u00e0 marcher s\u00fbrement \u00e0 la clart\u00e9 de ces \u00ab c\u00e9lestes lumi\u00e8res \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn49\">[49]<\/a> Car si notre Dieu est un \u201cDieu cach\u00e9\u201d (cf. <em>Is<\/em> 45, 15), c\u2019est parce qu\u2019il \u00ab s\u2019est voulu cacher \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn50\">[50]<\/a> de sorte que notre raison, illumin\u00e9e par la gr\u00e2ce, n\u2019aura jamais fini de le d\u00e9couvrir. C\u2019est donc par l\u2019illumination de la gr\u00e2ce que l\u2019on peut le conna\u00eetre. Mais la libert\u00e9 de l\u2019homme doit s\u2019ouvrir, et d\u00e9j\u00e0 J\u00e9sus nous console : \u00ab Tu ne me chercherais pas si tu ne m\u2019avais trouv\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn51\">[51]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>L\u2019ordre du c\u0153ur et ses raisons de croire<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Selon les mots de Beno\u00eet XVI, \u00ab la tradition catholique depuis le d\u00e9but a rejet\u00e9 ce que l\u2019on appelle le fid\u00e9isme, qui est la volont\u00e9 de croire contre la raison \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn52\">[52]<\/a> Dans ce sens, Pascal est profond\u00e9ment attach\u00e9 au \u00ab caract\u00e8re raisonnable de la foi en Dieu \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn53\">[53]<\/a> non seulement parce que \u00ab l\u2019esprit ne peut \u00eatre forc\u00e9 de croire ce qu\u2019il sait \u00eatre faux \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn54\">[54]<\/a> mais que \u00ab si on choque les principes de la raison, notre religion sera absurde et ridicule \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn55\">[55]<\/a> Mais si la foi est raisonnable, elle est aussi un don de Dieu, et ne s\u2019aurait s\u2019imposer : \u00ab On ne prouve pas qu\u2019on doit \u00eatre aim\u00e9 en exposant d\u2019ordre les causes de l\u2019amour, cela serait ridicule \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn56\">[56]<\/a> rel\u00e8ve Pascal avec la finesse de son humour, en tra\u00e7ant un parall\u00e8le entre l\u2019amour humain et la fa\u00e7on dont Dieu nous fait signe. Pas plus que l\u2019amour, \u00ab qui se propose mais ne s\u2019impose pas \u2013 l\u2019amour de Dieu ne s\u2019impose jamais \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn57\">[57]<\/a> J\u00e9sus \u00ab a rendu t\u00e9moignage \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb (cf. <em>Jn<\/em> 18, 37) mais \u00ab n\u2019a pas voulu l\u2019imposer par la force \u00e0 ses contradicteurs \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn58\">[58]<\/a> C\u2019est pourquoi \u00ab il y a assez de lumi\u00e8re pour ceux qui ne d\u00e9sirent que de voir, et assez d\u2019obscurit\u00e9 pour ceux qui ont une disposition contraire \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn59\">[59]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il en vient \u00e0 affirmer que \u00ab la foi est diff\u00e9rente de la preuve. L\u2019une est humaine, l\u2019autre est un don de Dieu \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn60\">[60]<\/a> Ainsi, il est impossible de croire \u00ab si Dieu n\u2019incline le c\u0153ur \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn61\">[61]<\/a> Si la foi est d\u2019un ordre sup\u00e9rieur \u00e0 la raison, cela ne signifie certainement pas qu\u2019elle s\u2019y oppose, mais qu\u2019elle la d\u00e9passe infiniment. Lire l\u2019\u0153uvre de Pascal, ce n\u2019est donc pas d\u2019abord d\u00e9couvrir la raison qui \u00e9claire la foi ; c\u2019est se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019un chr\u00e9tien \u00e0 la rationalit\u00e9 hors-normes, qui sut d\u2019autant mieux rendre compte d\u2019un ordre \u00e9tabli par le don de Dieu au-dessus de la raison : \u00ab La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits \u00e0 la charit\u00e9 car elle est surnaturelle \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn62\">[62]<\/a>Scientifique rompu \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la science des corps pos\u00e9s dans l\u2019espace, et g\u00e9om\u00e8tre rompu \u00e0 la philosophie, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la science des esprits pos\u00e9s dans l\u2019histoire, Blaise Pascal illumin\u00e9 par la gr\u00e2ce de la foi pouvait ainsi transcrire la totalit\u00e9 de son exp\u00e9rience : \u00ab De tous les corps ensemble on ne saurait en faire r\u00e9ussir une petite pens\u00e9e. Cela est impossible et d\u2019un autre ordre. De tous les corps et esprits on n\u2019en saurait tirer un mouvement de vraie charit\u00e9. Cela est impossible et d\u2019un autre ordre, surnaturel \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn63\">[63]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ni l\u2019 <em>esprit de g\u00e9om\u00e9trie <\/em>ni le raisonnement philosophique ne permettent \u00e0 l\u2019homme de parvenir seul \u00e0 une \u00ab vue bien nette \u00bb du monde et de soi-m\u00eame. Celui qui est pench\u00e9 sur les d\u00e9tails de ses calculs ne b\u00e9n\u00e9ficie pas de la vue d\u2019ensemble qui permet de \u00ab voir tous les principes \u00bb. Cela, c\u2019est le fait de l\u2019 <em>esprit de finesse<\/em>, dont Pascal vante \u00e9galement les m\u00e9rites, car lorsque l\u2019on cherche \u00e0 saisir la r\u00e9alit\u00e9, \u00ab il faut tout d\u2019un coup voir la chose d\u2019un seul regard \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn64\">[64]<\/a> Cet <em>esprit de finesse<\/em> est reli\u00e9 \u00e0 ce que Pascal nomme le \u201cc\u0153ur\u201d : \u00ab Nous connaissons la v\u00e9rit\u00e9 non seulement par la raison mais encore par le c\u0153ur, c\u2019est de cette derni\u00e8re sorte que nous connaissons les premiers principes et c\u2019est en vain que le raisonnement, qui n\u2019y a point de part, essaie de les combattre \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn65\">[65]<\/a> Or les v\u00e9rit\u00e9s divines &#8211; comme le fait que le Dieu qui nous a faits est amour, qu\u2019il est P\u00e8re, Fils et Esprit-Saint, qu\u2019il s\u2019est incarn\u00e9 en J\u00e9sus-Christ, mort et ressuscit\u00e9 pour notre salut &#8211; ne sont pas d\u00e9montrables par la raison, mais peuvent \u00eatre connues par la certitude de la foi, et passent ensuite du c\u0153ur spirituel \u00e0 l\u2019esprit rationnel, qui les reconna\u00eet pour vraies et peut les exposer \u00e0 son tour : \u00ab C\u2019est pourquoi ceux \u00e0 qui Dieu a donn\u00e9 la religion par sentiment du c\u0153ur sont bien heureux et bien l\u00e9gitimement persuad\u00e9s \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn66\">[66]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Pascal ne s\u2019est jamais r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 ce que certains de ses fr\u00e8res humains non seulement ne connaissent pas J\u00e9sus-Christ, mais d\u00e9daignent par paresse, ou \u00e0 cause de leurs passions, de prendre l\u2019\u00c9vangile au s\u00e9rieux. Car c\u2019est en J\u00e9sus-Christ que se joue leur vie. \u00ab L\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profond\u00e9ment, qu\u2019il faut avoir perdu tout sentiment pour \u00eatre dans l\u2019indiff\u00e9rence de savoir ce qui en est. [\u2026] Et c\u2019est pourquoi, entre ceux qui n\u2019en sont pas persuad\u00e9s, je fais une extr\u00eame diff\u00e9rence de ceux qui travaillent de toutes leurs forces \u00e0 s\u2019en instruire, \u00e0 ceux qui vivent sans s\u2019en mettre en peine et sans y penser \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn67\">[67]<\/a> Nous-m\u00eames savons bien que nous cherchons souvent \u00e0 fuir la mort, ou \u00e0 la ma\u00eetriser, pensant que nous pourrions \u00ab \u00e9carter la pens\u00e9e de notre finitude \u00bb ou \u00ab \u00f4ter \u00e0 la mort son pouvoir et chasser la peur. Mais la foi chr\u00e9tienne n\u2019est pas une fa\u00e7on d\u2019exorciser la peur de la mort, elle nous aide plut\u00f4t \u00e0 l\u2019affronter. T\u00f4t ou tard, tous nous passerons par cette porte. La vraie lumi\u00e8re qui \u00e9claire le myst\u00e8re de la mort vient de la r\u00e9surrection du Christ \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn68\">[68]<\/a>Seule la gr\u00e2ce de Dieu permet au c\u0153ur de l\u2019homme d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019ordre de la connaissance divine, \u00e0 la charit\u00e9. Ce qui fait \u00e9crire \u00e0 un important commentateur contemporain de Pascal que \u00ab la pens\u00e9e ne parvient \u00e0 penser chr\u00e9tiennement que si elle acc\u00e8de \u00e0 ce que J\u00e9sus-Christ met en \u0153uvre, la charit\u00e9 \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn69\">[69]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Pascal, la controverse et la charit\u00e9<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Avant de conclure, il me faut \u00e9voquer les rapports de Pascal avec le Jans\u00e9nisme. L\u2019une de ses s\u0153urs, Jacqueline, \u00e9tait entr\u00e9e en religion \u00e0 Port-Royal, dans une congr\u00e9gation dont la th\u00e9ologie \u00e9tait tr\u00e8s influenc\u00e9e par Cornelius Jansen, dit Jans\u00e9nius, lequel avait compos\u00e9 un trait\u00e9, l\u2019 <em>Augustinus<\/em>, paru en 1640. Apr\u00e8s sa \u00ab nuit de feu \u00bb, Pascal \u00e9tait venu faire une retraite \u00e0 l\u2019abbaye de Port-Royal, en janvier 1655. Or, dans les mois qui suivirent, une controverse importante et d\u00e9j\u00e0 ancienne opposant les J\u00e9suites aux \u201cjans\u00e9nistes\u201d qui \u00e9taient attach\u00e9s \u00e0 l\u2019 <em>Augustinus,<\/em> se r\u00e9veilla \u00e0 la Sorbonne, l\u2019universit\u00e9 de Paris. La querelle portait principalement sur la question de la gr\u00e2ce de Dieu, et sur les rapports de la gr\u00e2ce et de la nature humaine, en particulier son libre-arbitre. Pascal, quoiqu\u2019il n\u2019appart\u00eent pas \u00e0 la congr\u00e9gation de Port-Royal, et qu\u2019il ne f\u00fbt pas un homme de parti \u2013 \u00ab Je suis seul [\u2026], je ne suis point de Port-Royal \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn70\">[70]<\/a> \u00e9crira-t-il \u2013 fut charg\u00e9 par les Jans\u00e9nistes de les d\u00e9fendre, notamment parce que son art rh\u00e9torique \u00e9tait puissant. Il le fit en 1656 et 1657, en publiant une s\u00e9rie de dix-huit lettres, dites <em>Provinciales<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si plusieurs propositions dites \u201cjans\u00e9nistes\u201d \u00e9taient effectivement contraires \u00e0 la foi, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn71\">[71]<\/a> ce que Pascal reconnaissait, il contestait qu\u2019elles fussent pr\u00e9sentes dans l\u2019 <em>Augustinus<\/em>, et suivies par les gens de Port-Royal. Certaines de ses propres affirmations, n\u00e9anmoins, ayant trait par exemple \u00e0 la pr\u00e9destination, tir\u00e9es de la th\u00e9ologie du dernier saint Augustin, dont les formules avaient \u00e9t\u00e9 aff\u00fbt\u00e9es par Jans\u00e9nius, ne sonnent pas juste. Il faut toutefois comprendre que, comme saint Augustin avait voulu combattre au V <sup>e<\/sup> si\u00e8cle les P\u00e9lagiens, lesquels affirmaient que l\u2019homme peut, par ses propres forces et sans la gr\u00e2ce de Dieu, faire le bien et \u00eatre sauv\u00e9, Pascal crut sinc\u00e8rement s\u2019attaquer alors au p\u00e9lagianisme ou au semi-p\u00e9lagianisme qu\u2019il croyait identifier dans les doctrines suivies par les J\u00e9suites <em>molinistes<\/em>, du nom du th\u00e9ologien Luis de Molina, mort en 1600 mais \u00e0 l\u2019influence encore vivace au milieu du XVII <sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Faisons-lui cr\u00e9dit de la franchise et de la sinc\u00e9rit\u00e9 de ses intentions.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lettre n\u2019est certes pas le lieu pour rouvrir la question. Toutefois, ce qu\u2019il y a de juste mise en garde dans les positions de Pascal vaut encore pour notre temps : le n\u00e9o-p\u00e9lagianisme, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn72\">[72]<\/a> qui voudrait que tout d\u00e9pende \u00ab de l\u2019effort humain canalis\u00e9 par des normes et des structures eccl\u00e9siales \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn73\">[73]<\/a> se reconna\u00eet \u00e0 ce qu\u2019il \u00ab nous enivre de la pr\u00e9somption d\u2019un salut gagn\u00e9 par nos propres efforts \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn74\">[74]<\/a> Et il faut maintenant affirmer que l\u2019ultime position de Pascal quant \u00e0 la gr\u00e2ce, et au fait en particulier que Dieu \u00ab veut que tous les hommes soient sauv\u00e9s et parviennent \u00e0 la pleine connaissance de la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb ( <em>1 Tm<\/em> 2, 4), s\u2019\u00e9non\u00e7ait en termes parfaitement catholiques \u00e0 la fin de sa vie. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn75\">[75]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Comme je le disais au d\u00e9but, Blaise Pascal, \u00e0 la fin de sa vie, br\u00e8ve mais d\u2019une richesse et d\u2019une f\u00e9condit\u00e9 extraordinaires, avait mis l\u2019amour de ses fr\u00e8res \u00e0 la toute premi\u00e8re place. Il se sentait et se savait membre d\u2019un seul corps, car \u00ab Dieu ayant fait le ciel et la terre qui ne sentent point le bonheur de leur \u00eatre, il a voulu faire des \u00eatres qui le connussent et qui composassent un corps de membres pensants \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn76\">[76]<\/a> Pascal, \u00e0 sa place de fid\u00e8le la\u00efc, a go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la joie de l\u2019\u00c9vangile, dont l\u2019Esprit veut f\u00e9conder et gu\u00e9rir \u00ab toutes les dimensions de l\u2019homme \u00bb et r\u00e9unir \u00ab tous les hommes \u00e0 la table du Royaume \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn77\">[77]<\/a> Alors qu\u2019il compose sa magnifique <em>Pri\u00e8re pour demander \u00e0 Dieu le bon usage des maladies<\/em> en 1659, Pascal est un homme pacifi\u00e9 qui ne se situe plus dans la controverse, ni m\u00eame dans l\u2019apolog\u00e9tique. Tr\u00e8s malade et sur le point de mourir, il demanda \u00e0 communier, mais cela ne se fit pas imm\u00e9diatement. Il demanda donc \u00e0 sa s\u0153ur : \u00ab Ne pouvant pas communier dans le chef [J\u00e9sus-Christ], je voudrais bien communier dans les membres \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn78\">[78]<\/a> Et il \u00ab avait un grand d\u00e9sir de mourir en la compagnie des pauvres <em>\u00bb.<\/em> <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn79\">[79]<\/a> \u00ab Il meurt dans la simplicit\u00e9 d\u2019un enfant \u00bb, <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn80\">[80]<\/a> dit-on de lui peu de temps avant son dernier souffle le 19 ao\u00fbt 1662. Apr\u00e8s avoir re\u00e7u les Sacrements, ses derni\u00e8res paroles furent : \u00ab Que Dieu ne m\u2019abandonne jamais \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn81\">[81]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Puissent son \u0153uvre de lumi\u00e8re et les exemples de sa vie si profond\u00e9ment baptis\u00e9e en J\u00e9sus-Christ, nous aider \u00e0 parcourir jusqu\u2019au bout le chemin de la v\u00e9rit\u00e9, de la conversion et de la charit\u00e9. Car la vie d\u2019un homme est si courte : \u00ab \u00c9ternellement en joie pour un jour d\u2019exercice sur la terre \u00bb. <a href=\"https:\/\/www.vatican.va\/content\/francesco\/fr\/apost_letters\/documents\/20230619-sublimitas-et-miseria-hominis.html#_ftn82\">[82]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Rome, Saint-Jean-de-Latran, le 19 juin 2023<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>FRAN\u00c7OIS<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Grandeur et mis\u00e8re de l\u2019homme forment le paradoxe qui se trouve au c\u0153ur de la r\u00e9flexion et du message de Blaise Pascal, n\u00e9 il y a<span class=\"excerpt-hellip\"> [\u2026]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":6,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[42,44,95],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8956"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/6"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=8956"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8956\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8957,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/8956\/revisions\/8957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=8956"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=8956"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marcelline.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=8956"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}